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LE CIRCUIT DU MÉDICAMENT (2/3) : DÉCRYPTAGE D'UN PROCESSUS COMPLEXE

Cet article est le second de notre série consacrée au circuit du médicament. Pour consulter notre premier article portant sur cette thématique, rendez-vous ici : Le circuit du médicament (1/3) : entre problème de santé publique et clé essentielle de l’amélioration continue.

Nous l’avons précédemment vu, le circuit du médicament est un processus complexe, dont les 4 phases impliquent de nombreux acteurs.
Et puisqu’il s’appuie largement sur des interactions humaines, le circuit du médicament comporte intrinsèquement des risques importants.

Toutefois, les principales difficultés des professionnels du secteur sanitaire et du secteur médico-social ne viennent pas seulement de questionnements opérationnels.
En prenant de la hauteur, nous remarquons rapidement que le manque de repères solides et fiables complexifie la prise en main du circuit du médicament par ses différentes parties-prenantes : quelles ressources sont mis à la disposition des professionnels ? Et lesquelles prioriser ?

Pour en savoir plus, explorons ces 3 points :

1. L’état des lieux du manque de repères rencontré par les professionnels ;
2. Un bref recueil des complexités opérationnelles ;
3. Des erreurs graves, souvent évitables.

DES FREINS STRUCTURELS À LA MISE EN APPLICATION DU CIRCUIT DU MÉDICAMENT

La gestion des risques liés au circuit du médicament est reconnue comme prioritaire par le législateur et les autorités de santé.

Toutefois, bien que le pilotage du circuit du médicament soit compris par l’ensemble des parties prenantes, des obstacles importants se dressent devant son amélioration continue.

Au nombre de ces obstacles, on peut évoquer :

une réglementation ancienne et fragmentée

Il apparait en effet que la réglementation en vigueur ne couvre pas l’ensemble des aspects organisationnels du circuit du médicament.

L’arrêté relatif au management de la qualité de la prise en charge médicamenteuse et aux médicaments date de 2011.
En dehors de ce texte, on peut également citer l’arrêté du 31 mars 1999 relatifs aux médicaments soumis à la réglementation des substances vénéneuses, ou encore la loi du 9 août 2004 inscrivant la prévention et la réduction de l’iatrogénie médicamenteuse* comme une priorité de santé publique.

*La iatrogénie médicamenteuse désigne l’ensemble des effets indésirables provoqués par la prise d’un ou plusieurs médicaments.

 

la forte hétérogénéité des procédures

En fonction des établissements et des structures d’établissements, voire des autorités de santé et structures d’appui présentes sur le territoire, les outils et process peuvent être plus ou moins connus, compris et encadrés.

Certains types d’établissements sont aussi davantage avancés sur le sujet du circuit du médicament (comme les établissements de santé ou les EHPAD), quand d’autres accusent du retard ou se voient mal lotis en termes de recommandations ou de directives.

Ces points de friction sont autant de freins à une compréhension complète et une gestion sereine du circuit du médicament par les soignants et professionnels de santé.

À ces freins structurels s’ajoutent des facteurs de risques importants au niveau opérationnel.

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DE NOMBREUSES COMPLEXITÉS OPÉRATIONNELLES

Processus de nature indispensable, et de réalisation complexe, la thématique du circuit du médicament apporte son lot de difficultés opérationnelles aux soignants et responsables qualité.

La complexité naturelle du circuit du médicament

La complexité du circuit du médicament se manifeste en effet sous de nombreux aspects :

  • • la diversité des pathologies des patients, ainsi que leur degré d’urgence et de gravité ;
  • • les polypathologies et polymédications, notamment pour les personnes plus âgées, potentiellement plus à risque ;
  • • l’intervention dans ce circuit de nombreux acteurs internes et externes : prescripteur, pharmacien, infirmier, patient ;
  • • la succession des étapes de ce circuit, parfois en des lieux différents, avec des écarts de temps variés ;
  • • les potentielles interruptions de tâche, qui vont conduire un professionnel de santé à stopper de manière non prévue et non planifiée l’activité de soin en cours ;
  • • la circulation de l’information liée au circuit du médicament.

Cette complexité est exacerbée par des facteurs de risque supplémentaires.

Des facteurs de risques supplémentaires

Ces facteurs de risque (ou causes profondes des EIGS selon la terminologie de la HAS) s’illustrent dans le déclenchement des EIGS par leur récurrence ou la gravité de leurs conséquences.
Ils nécessitent donc une vigilance particulière.

Citons notamment :

  • le non-respect des bonnes pratiques à toutes les étapes de la prise en charge médicamenteuse ;
  • les erreurs de calcul et de paramétrage des dispositifs médicaux ;
  • la mauvaise utilisation des dispositifs médicaux, dispositifs médicaux stériles, dispositifs médicaux implantables… ;
  • des professionnels de santé trop peu encadrés durant leur formation ;
  • une remise en cause des « habitudes » de soins qui génère de l’insécurité, avec notamment :
      • – des professionnels ne connaissant pas les protocoles habituels du service ou utilisant des dispositifs médicaux hétérogènes d’un service à l’autre ;
      • – de nouveaux locaux bouleversant les habitudes de soins, de rangements, d’organisation interne ;
      • – des médicaments sous un conditionnement ou dosage inhabituel.

    Cliquez sur l’image pour télécharger le mémo sur les facteurs de risques d’erreurs médicamenteuses.

    Schéma facteurs de risques EIGM (1)

DES ERREURS GRAVES, SOUVENT ÉVITABLES

Depuis novembre 2019, la Haute Autorité de Santé publie un rapport annuel relatif aux Événements Indésirables Graves associés aux Soins (EIGS).

En s’appuyant sur les analyses de ces EIGS, il apparait que les Événements Indésirables Graves associés aux Médicaments (EIGM) comptent parmi les 3 principaux risques d’EIGS.
1081 événements indésirables graves associés aux soins (EIGS), dont 362 en raison d’erreurs médicamenteuses, ont été déclarés à la Haute Autorité de Santé en 2020.
Soit 1/3 des EIGS qui sont associés aux médicaments.

Toutefois, et il est essentiel de le préciser, la HAS estime que les EIGS liés au circuit du médicament sont bien plus nombreux que les seuls déclarés, avec environ 50 000 EIGM selon l’étude ENEIS de 2009.

L’analyse des EIGM déclarés permet néanmoins à la HAS de poursuivre sa mission d’information et de sensibilisation à sa politique d’amélioration continue des soins.

En ressortent les enseignements suivants :

 

3 principaux types d’EIGM

Concrètement, la HAS identifie 3 types prédominants d’erreurs liés au circuit du médicament :

  • • pour 47% des EIGM : les erreurs de dosage (le plus souvent un surdosage) ;
  • • pour 31% des EIGM : les erreurs de médicaments ;
  • • pour 13% des EIGM : les erreurs de patients.

83% de ces erreurs en établissement de santé

La HAS souligne que 83% des événements graves associés aux médicaments ont lieu en établissement de santé.

Les services les plus concernés sont, par ordre croissant : la médecine, la chirurgie, les soins de suite et de réadaptation (SSR), les urgences.
11% de erreurs surviennent en structure médico-sociale.
3% en ville ou à domicile.

La HAS souligne également la forte proportion de personnes âgées concernées par ces EIGM : en effet, 54% des erreurs liées à des produits de santé concernent les patients de plus de 60 ans, potentiellement plus fragiles.

1 erreur sur 2 est évitable

Une information capitale mise en avant par la Haute Autorité de Santé est que, parmi les EIGM, plus de 51% sont considérés comme évitables.

Les versions progressives des dispositifs d’évaluation et de certification HAS ont donné une part de plus en plus importante au circuit du médicament.
Il convient donc de se pencher sur ces objectifs et les outils mis disposition pour les respecter.
Rendez-vous dans notre prochain et dernier article dédié au circuit du médicament.

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Article publié le 26 01 2022 - par Ageval